Festival National de Poésie Melhoun pour la 8ᵉ édition à Mostaganem

La huitième édition Festival National de Poésie Melhoun dédié à Cheikh Sidi Lakhdar Benkhelouf aura lieu les 16, 17 et 18 décembre 2021 à la maison de la culture Ould Abderrahmane Kaki de Mostaganem.

“Ce patrimoine qui constitue une partie non négligeable de la culture populaire de notre pays a toujours été ce grand réservoir de connaissance socioculturelle des abysses de notre nation”, communiqué de presse.

CHEIKH EL HABIB BENGUENOUN
1761 – 1864
Né au sein d’une famille d’agriculteurs à Mascara en 1761, El Habib Benguenoun poursuit des études coraniques qu’il quitte après avoir mémorisé une grande partie du Livre Saint.

Évitant une carrière de taleb, il verse cependant dans la vie professionnelle. La boucherie l’intéresse et c’est ainsi qu’il s’installe dans le quartier de Largoub à Mascara.

Sa passion pour la poésie arrive très tôt, en composant des vers, dès sa tendre jeunesse. Remuant et très actif, il ira demander la main de sa bien-aimée, originaire de la tribu des guessaïriya.

Un refus net lui fut opposé par la famille, mais c’était sans compter sur sa verve poétique qu’il développe à partir de ce fait tout à fait inattendu.

Il s’exerce dans la satire en allongeant de longs vers contre les parents de la fille.

Il leur souhaite des malédictions de toutes sortes s’appuyant sur le saint marabout Sidi Mohamed Benamar (XIᵉ siècle) pour le venger.

Comme par enchantement, le vœu s’exauce, la tribu des guessaïriya va connaître une année plus tard une grande malédiction.

Ces mêmes parents finissent par accorder la main de leur fille au jeune El Habib Benguenoun.

Après moult péripéties, il prend une seconde puis une troisième épouse vers 1820, une tlemcénienne de la famille El Masmoudi qui lui donnera deux enfants en plus des quatre autres nés du premier lit.

Désigné Moqaddem de Sidi Lakhdar Benkhelouf à Mascara, par son ami El Hadj LakehalBouferma descendant de barde, prince des poètes populaires.

El Habib Benguenoun avait une admiration sans limites pour cette personnalité monumentale qui a vécu au XVIᵉ siècle. Il dirigeait alors, et ce, annuellement, un important cortège de pèlerins qui venaient se recueillir devant le tombeau du Cheikh.

Le Festival National de Poésie Melhoun dépeint un artiste à l’extrême sensibilité, Cheikh El Habib Benguenoun n’écoutait que sa raison et son cœur.

Pour être plus certain, il s’adressait avec des odes cinglantes, des vers, plutôt des pointes, ou des crocs de boucher, corrigeant si besoin les uns et les autres qui osaient se dresser sur son chemin.

Si le panégyrique est souvent absent dans l’œuvre de cheikh El HabibBenguenoun, il n’en demeure pas moins qu’il observait sans discontinuer sa foi pour l’Islam qu’il pratiquait comme tous les musulmans.

Fidèle en amitié, il entretenait avec beaucoup de soins ses relations avec l’érudit Abou Ras Naciri (1751 – 1822), avec El HadjLakehalBouferma de Sidi Lakhdar, avec le poète Mohamed Oueld Ali Merine, ainsi qu’avec les frères El Hadj Ahmed et Mohamed Benzellal.

Il se plaisait dans sa farouche opposition à l’autorité des poètes de Mazouna. Cette vieille cité, qui rayonnait culturellement durant cette période, constituait un véritable minaret intellectuel.

Le centre nodal
de la poésie melhoun se trouvait dans cette région qui avait abrité le premier beylik de l’ouest pendant la régence d’Alger (période ottomane).

La suprématie des poètes de Mazouna va avoir raison de lui. Il finira par baisser les bras. CheikhEl HabibBenguenoun recevra, au crépuscule de sa vie, un soutien important, celui de Cheikh Mostefa Benbrahim qui avait dit de lui « Benguenoun, qui habite à Mascara, est une mer (de poésie) débordant sur les poètes de toutes les régions ».

Cheikh El Habib Benguenoun a chanté, comme la plupart des poètes populaires, les femmes, la douleur, la séparation, les joies et les peines de l’homme. Il a défendu le langage populaire, celui de la plaine de Ghriss sa région natale, il a aimé Cheikh Sidi Lakhdar Benkhelouf et l’a porté tout haut dans sa versification.

Il a tissé ses poèmes ou qacida, ou rkeb comme on tisse un beau tissu. La « hedda » s’échelonne avec le « frech » d’une façon élégante, ponctuée par une « richa » pour enjoliver le thème et le message voulu par le poète.

Le professeur Ahmed Tahar (1905 – 1981), cet éminent enseignant et chercheur qui avait obtenu le prix de la traduction de l’Algérie en 1942, s’est intéressé à ce grand poète dans une étude intitulée « Benguenoun : poète populaire de la plaine de Ghriss ».

Ce document contient huit poèmes en transcription latine et en traduction en français.

Resté dans l’oubli durant longtemps, ce manuscrit a été découvert et mis en valeur en 2012 par le Docteur Ahmed-Amine Dellaï chercheur spécialisé en poésie melhoun au CRASC d’Oran.

Il est publié aux éditions du CRASC.

Quelques titres extraits du répertoire de Cheikh El Habib Benguenoun

Biyadjatnikoudabiida…………………………… بياجاتني كودة بعيدة
El mchahra…………………………………………………. المشاهرة
Djanikhbaroumdlèl……………………………….. جاني خبر أم دلال
Yaaadebqelbikinesbor………………………….. يا عذاب قلبي كنصبر
Dhalma (Tal eddoraâliya)………………………)اّ ظالمة (طال الضر علي
QollelSi Mohamed la yeghidekhalek…… قل للسي محمد لا يغيضك حالك
Rebbiqdaaâliyaoueblisâmani…………… ربي ق ضى عليا و بليس عماني
Hedessaydkhteltousobtehardjoubiid.. هذا الصيد ختلته صبت حرجهبعيد

Ce grand poète amoureux a marqué son existence par la production d’un verbe qui rappelle la force des poètes de la djahiliya et leur notoriété.

Son expression, à la manière du goual, s’adresse à la population moyenne.

Ceci lui permettait une aisance dans la production d’images qu’il voulait apporter à l’histoire.

Il s’éteint à Mascara en 1864, à l’âge de 103 ans, après un siècle bien accompli.

Auteur : Abdelkader Bendamèche

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